Que carriole, poème,
© papiers du fo et l’auteur, jacques-Pierre Amée, 2009,
a été élaboré au fil de pêches (voix, sons, gouache etc.)
du Groupe à pied, en 2008 et 2009, dans l’eau du trouble
où s’ébat sans relâche un hippo rouge (ou presque), d’une espèce
au fond assez commune…



QUE CARRIOLE





(en sourdine, comme un murmure incessant, avec une certaine énergie :
je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis…
― puis cela cesse ― et recommence à différents moments au cours du « dit »)





né pas déjà
né pas déjà né qu’en fantôme où as-tu la tête
où es-tu droit ― hors de terre ― pas dedans
né pas déjà pas dehors pas dedans
quoi de seul aucune écorce aide-moi déjà ― quoi de noir
tambour désobéir poids de quoi commençons
les os le sang la langue blabla-là tenir tête ― quoi de ciel
seulement ― quoi de noir quoi dehors danser dans ― tenir tête
acheter cheval chanson jardin une barque là là entendre quoi ?
on va se détacher tout le monde à la rivière l’incendie
levez-vous baissez-vous désobéir danser dans
pas de joie ― où es-tu droit quoi de noir ― tambour tambour
une lune toute l’eau quoi de noir
quoi de ciel pas dehors pas déjà quoi de jour
pas un mot pas déjà ― danser dans il faut tout manger
hors de terre ― il faut finir se débarrasser
de quoi et rire nous sommes arrivés― tu tardes trop




laisser en vie danser dans
je vais là là je vais tuer qui
pulvériser ― danser dans
d’entendre quoi ― pas dehors pas dedans ― es-tu droit
pas d’échasses pas danseur pas assez ― pas de poids
pas de route pas de peuple rien à moi rien à vous
hors de terre dessus dessous pas assez
hors de terre ou dedans ― quoi de seul danser dans
pas de poids tu dis
hop là ― hop là tambour ― quoi de noir quoi dedans





jambe là jambe ici jambe dans quel pas
dedans dehors blabla-là ― où es-tu droit où
hors de terre pas debout pas d’échasses
pas tout seul pas danseur pas assez ― aide-moi déjà
quel est ton clan combien de pas
sans les yeux ― où as-tu la tête




à présent ― qui parle ? pas peur pas dehors pas encore ―
né pas déjà juste le temps de quoi pas peur tu dis ― pas déjà
où es-tu debout pas danseur pas assez pas du tout ― pas dehors
pas assez avançons-nous blabla-là indépendance ding dong
tes bras mes bras dans le hasard
pour finir pour commencer quelle intimité s’affole
dans le jour dans le noir tant de corps tout en nous
qu’est-ce que tu entends tout le monde est en vie
on crie on court on ira de notre vivant
dans le remous des deux mains vides
écorcher l’animal c’est vrai nous mangeons de tout
piétiner secourir tu dis ― danser dans ― quoi de seul
qu’est-ce qui n’existe pas ― dans le jour dans le noir
tout le monde est en vie





pas dehors pas dedans
ça se chante que fais-tu chaque jour
on ne nous voit jamais hop
hors de terre et hop et hop au tambour ! qu’on tombe
vite
pour commencer pour finir
si le buste est une pierre le torse s’envole
secourir trembler tout le monde est en vie
mesurer rein poumon
langue dénombrer séparer est-ce que le pas est lourd ―
devant la porte ça s’éteint courir crier le torse s’envole
et qu’est-ce qui s’attache au pas trop court
comment vous cachez-vous il faut beaucoup bouger ou peu
quelle respiration ? comment jouer si peu




juste le temps de quoi ― ding dong pas peur tu dis ― on chantonne
on ne danse pas au centre d’abord
battre le chemin abandonner maison grogner danser sans tête
pendre brûler couper
crier ― courir tous ― trouver ce cœur c’est comme ça sonne
ça ne ressemble à rien ―
être debout hors de terre pas assez pas déjà
encore plus petit théâtre d’une porte vivons là puis
ce sera le silence petit théâtre encore ― existe-t-il
s’il n’y a personne
bras et jambes tête que carriole qu’on tombe vite ― qu’en dansant abandonner maison gémir trembler tu dis
rien qu’en dansant peur pas peur qu’en dansant que carriole





je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis…




du ciel à vos pieds s’arrache
au-dedans de chaque pas au centre
beaucoup trop nombreux les corps tout en nous
on attend l’aigle on attend
les bêtes qui se cachent l’inconnu n’a pas fui jamais
dans le jour dans le noir ne s’est pas enfui
c’est ce qui reste à terre secourir pleurer s’accroupir
ployer encore ou être debout séparer quoi de quoi comment à terre
comment cela commence ― marques de quoi sur le sol ―
comment ― marcher ― se lever marcher




danser dans ― quoi de ciel seulement ― rester en vie
frotter frotter le tambour dans le jour dans le noir pas dehors
pas danseur pas dedans
pas déjà pas assez ― pas de poids pas de route
peur pas peur ― le chanté-tapé sur la terre sans la tête
les supplices les tueries tout le monde
part ― combien de pas ― sans les yeux ― hors de terre ―
ou dedans ― pas assez
pas dehors pas de route ― ça ne ressemble à rien es-tu droit
pas danseur pas assez
pas cloué au sol
pas assez cloué
peur pas peur sans les yeux et ― je ne bouge plus
pas déjà pas de silence ding dong indépendance ―
pas déjà ― sans savoir quoi ― né qu’animal





juste le temps de quoi de notre vivant sortir de terre
se tourner ― s’étendre au-dessus au-dessous gémir
pleurer fouler le sol ― ou toujours ployer ou courir ―
de quel côté ce qui doit être offert
quoi de ciel ― ou dans quelle douceur tout près
encore ― pas peur tu dis ―
jouer aussi peu : tu touches ce qui vole
en ne bougeant plus




juste le temps de quoi ― vouloir ― pas dehors pas dedans ―
à nos pieds d’un trait de craie ouvrir l’enfer quoi de ciel
danser dans ― quoi se ferme ― combien de pas sans les yeux ―
danser dans quoi se ferme ― quand je danse
baudruche alors dans tes mains ma tête ― quoi de poids
hors de terre ― de quel côté ce qui doit être offert
en ne bougeant plus ―
tu es né encore
tu as touché ce qui vole tu n’as rien touché





alors tu vas brûler même ta porte écouter quoi
au-dedans de ruche ― au-dedans comme
en ne bougeant plus tes bras mes bras comme
où descendre encore et encore comme
s’étonner jouer ― pleurer n’éclaire que ça
ouvrir ce qui vole de quoi te souviens-tu secourir creuser une route
avançons-nous continuons tambour tambour ― pleurer
construire endroit de musique hop ― et hop au tambour ! enfouir
dans le noir de mon vivant pousser figure
contre une joue un instant ou sous le ventre
toi et moi violents ou quelle allégresse
devant toi tout va bien je n’en fais qu’à ma tête pas peur
parler créole indépendance et chagrin et joie ceci vole
dans tes bras
comme un matin




au-dessous dans le noir au-dedans ici et là
et puis là ― danser dans quoi de ciel ― tu es né déjà
quoi de seul ― tu tries les objets sur terre froids
comme au-dedans d’un malheur pourquoi ― tu es né encore
ne rien amasser autour du tambour
au loin le brasier roule





je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis…




pour finir pour commencer dans le jour dans le noir
très à l’aise flagada merci blabla-là les
plaies la joie les caresses
voix si fluette et jarrets blessés nage difficile pénible et là-bas
boum boum là-bas et là-bas encore et là-bas ―
dans tout le ciel de mon vivant je dois te voir ―
danser dans pousser le corps combien de pas sans les yeux ―
bras ventre talons puis hop et merci encore
et encore dans le noir dans le jour ― tu es né
quoi de solide sans entaille encore
épais ton dos épais ou mince tu le donnes
pousser le corps le frotter mordre
sa bouche et l’épaule et ma langue est sèche va-t-en




je dois m’asseoir correctement
au-dessus en dessous le monde quel son ?
à terre dans la terre
au-dessus de la tête au-dedans





frapper tête ― rien ― parole ―
un pas de trop par la danse : où veux-tu revenir
chaque pas juste le temps de quoi comment
les gens tu entends
sont perdus




puis ta voix s’effrite elle résiste balbutie ta voix
balbutie ― de quoi te souviens-tu ― je dois te voir enfin ― faut-il
juste le temps de quoi ― encore ― pousser tout le corps
dans tout le ciel de mon vivant ― que carriole
de mon vivant ― encore un peu de temps





beaucoup trop de jours dans ma tête ce qui n’est pas dit
ne s’éloigne pas ― aucun jour au-dessus de ma tête au-dessous
au-dessus de ma tête au-dedans de ma tête
aucun jour ne se clôt ― et tant de jours trop de jours
la nuit les a liés ― pas assez ― danser dans pas assez




j’ai le buste droit ou déjà scié pas d’histoire
avez-vous dit puis mes mains dans ce creux
comme elles ont joué
disparaissent ― danser dans ― hop encore
où là-dedans à travers ma tête mes mains tu ne vois rien
s’en débarrassent mes mains ―
et tortue quoi de seul
tortue à la place





juste le temps de quoi maintenant tu entends
tombe la figure en ne bougeant plus
dans ce qui vole
comment le monde quel son ?
à terre au-dessus au-dedans tu es né déjà ― encore
pas peur ― au-dedans de ruche puis rideau où
veux-tu être debout frapper souffler

je resterai petit ou je resterai grand ou très petit ou grand à peine
je suis de mon vivant presque blanc de bras de jambes
assez nègre en dedans dès le début de mon vivant
ou bien trois-quarts cheyenne même à l’intérieur ou bien
hardi et hue ― dehors





j’attends l’aigle nos mains nos voix
manquent le temps des choses ― lumière puis rideau
passe le chariot de quelques os de notre vivant ma voix
se courbe est-ce possible avec plastron et carapace comment
ma voix se creuse




je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis…





au-dessous de nous vient de partout la terre ce qui s’y cache
― vient de partout la terre au-dessous de nous
au-dessous de la terre pour finir pour commencer
au-dessous de nous au-dedans puis
dans le jour ― j’étais peut-être mort je dors
mais mal dans de la ferraille éloignée au-dedans de rien d’un soleil au-dedans de rien
éloignée d’un soleil la ferraille





tu dois laver le sol désobéir danser dans
pas de joie commençons quoi de ciel
marteaux les étaux écrous merci ― poids de quoi commençons
va dans ton coin ― danser dans aide-moi déjà
pas peur vivons là ― je vais me mettre en route
on crie on court
tous les enfants sont dehors ― c’est dehors le ciel
dans le ciel




c’est peut-être un jeu avec les chiens le droit chemin
et puis les hélicos les fusils les plaintes ― quoi de seul
pas assez ― tu vas t’asseoir correctement
as-tu lavé le sol ― pas dedans pas dehors
souriez oui souriez tous
passe le chariot de quelques os
de notre vivant
juste le temps de quoi





je suis né encore
j’emprunte une route une fois pour toutes
vient de partout la terre on ne peut s’en aller plus bas
on ne pourra
plus bas sortir ― jamais ―
ni franchir la terre à chaque pas ― souffle une peur à chaque pas
ici dans le jour dans le noir on crie on court
juste le temps de quoi comment vous cachez-vous




à chaque pas tant de corps tout en nous
les pieds trop tenus trop près
l’un de l’autre ― vos bras se posent grincent
rien de solide crier quoi
où jeter les douleurs ― j’irai demain où ―
alors tu vas brûler même ta porte

comment tuez-vous




au-dessous de nous au-dessous du sol
au-dessous de la terre de notre vivant au-dessous du ciel
au-dessous de la terre et du ciel
au-dessus au-dedans au-dehors
tout en bas tout en haut
tenir tête cri aigle quoi de seul




juste le temps de quoi notre petite poule
picore dans le jour d’un rien décollé de toute peur
petite poule
à déchirer
pour défaire un silence faire
un silence et hop ― trop petite bête la mer aussi
dans le noir dans le jour au-delà de quoi
et hop de mon vivant lumière puis rideau on s’avance
le monde est tranquille en ce moment le cheval
est le dernier cheval et même le voilà
supprimé rayé de la carte





passe le chariot de quelques os
de mon vivant rien de terre et patatras mais ― frapper souffler
oui, bien ― pas peur tu dis au loin au soleil oui, on crie on court
venez vous asseoir on va respirer
dans le jour dans la maison natale
tout le monde est en vie ― le rafiot la ruche ―
les mains trompent le temps des choses
pousser là le corps ― piano de quoi dans le noir que carriole
dans le hasard tes bras mes bras qu’on tombe
qu’en dansant rien qu’en dansant
tout le dehors dedans




dans le noir dans le jour j’ai crié dans quelle tête
ce doit être un jeu on crie on court
le long de portes prairies
qu’on saccage prairies d’être
lent
car on tremble
les oiseaux
s’y plient
maintenant tu entends





musique tout en nous tant de corps
dans ce mou étouffe-les danser dans ― aïe aïe maintenant

pouffer, plouffer dans le mou du mot
amour ― tambour ― maintenant
je vais suivre une route où les têtes sont des têtes
rire et cri les ailes réelles
de mon vivant ce qui doit être offert
tu chantonnes ― qu’est-ce qui n’existe pas
tu es né encore juste le temps de quoi
qu’en dansant ― oui on ne nous voit jamais ― rien
qu’en dansant
cherche plus bas non tu ne danses pas




je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis je réfléchis…





pleurer n’éclaire que ça indépendance ding dong do-
do tout le monde est en vie juste le temps de quoi
dans le noir quelle chanson lente
compte en moi ses pierres
dans nos bouches ce fatras chaque heure perd son baiser
où veux-tu revenir dans le jour d’un rien
où le sang se répand ― comment cela commence
avant le visage avant le souffle
où veux-tu revenir blabla-là on crie on court
en allant vivre encore





dans le jour encore
dans le noir petite poule s’asseoir tu pars
tu dors sous le monde je m’arrondis à ton absence
petit tas
comme aucune étoile ―
je reviens sur mes pas on ne nous voit jamais
rien de terre au milieu




fanfare dans les pas répétés
pour établir le ciel en oubliant le ciel
ton corps de trop de voix ― de la fuite ratée ―
secourir attendre fuir encore voulez-vous

pas assez pas déjà ― voyez la large route
couteaux bâtons les bêtes qui se cachent cailloux ferraille
tu as brûlé même ta porte on ne nous voit jamais
hop-là tambour quoi de ciel ― sans les yeux ― combien de pas

ce cœur c’est comme ça sonne





quoi de ciel seulement ― danser dans
où dedans sans la tête ― peur pas peur
de quel côté ce qui doit être offert
et hop aussi on court ― juste le temps de quoi indépendance ding
dong




do ― do le pas en arrière au-dessous dehors
au-dedans de quoi de mon vivant comment sortir de terre
tambour tambour quoi de seul ― blabla-là ― jouer aussi peu
le buste est une pierre et le torse s’envole

quoi de ciel seulement
cœur n’est que carriole

juste le temps de quoi pleurer secourir frapper
frapper souffler danser dans ― pas peur secourir
quoi de seul aucune écorce peur pas peur
tambour dans le hasard
dans ton ventre
dans la terre
où as-tu joué
où as-tu la tête
à présent tu entends.

Que peut-il arriver tu es né encore




cœur n’est que carriole

vos bras mes bras le torse s’envole
et tremble je ne m’en souviens plus
dans le jour d’un rien d’un soleil
au-dedans de rien dans le noir
que carriole trop petite qu’on tombe
vite







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